Âgé de 25 ans, Yann Carmaux est Conseiller Technique Fédéral Arbitrage au sein de la Ligue Grand Est et depuis un ans, le plus jeune arbitre international de Handball. Officiant en binôme avec Julien Mursch depuis une dizaine d’années, ils ont gravit les marches ensemble. Issu d’une famille de passionnés où beaucoup de membres de sa famille sont arbitres, dont son père qui a arbitré en D1, lui a permis de voir très vite qu’il y avait la possibilité d’accéder au haut niveau autrement que par le jeu et de pouvoir vivre sa passion autrement. Rencontre.

Bonjour Yann,
Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Quelle ascension ! 25 ans et déjà arbitre international. Nous voulons savoir quelle a été la ou les clés de votre réussite.

S’il y avait une clé pour passer la porte du très haut niveau, c’est évidemment le travail. C’est bateau mais c’est vrai. La remise en question permanente pour se surpasser et progresser. Une fois que cette base est posée, se pose la question de comment travailler. La réponse est simple; qu’importe l’âge ou l’expérience, rester sur ses acquis fait perdre du temps. Ne pas se satisfaire de ce que l’on a ou d’une réussite partielle est à mon avis essentiel pour y arriver. 

Le travail est coeur de votre réussite et est une des clefs pour réussir dans l’arbitrage. D’ailleurs, comment s’est déroulé ta formation pour devenir arbitre de Handball ?

Nous avons été formé par diverses institutions au fil de notre évolution. Le département, la région puis la Fédération. Nous avons eu à chaque étape des personnes ressources qui nous ont beaucoup apportées et que nous voulions rendre fiers. Nous avons eu l’opportunité de faire partie de la filière pour les jeunes arbitres à fort potentiel de la Fédération. Nous avons pu arbitrer des matchs de préparation des équipes nationales jeunes ce qui nous a permis de découvrir ce qu’était le haut niveau et nous a mis l’eau à la bouche. Par la suite, filière classique avec des évolutions régulières, des classements, des déceptions, des rebonds et des moments clés où l’échec n’est pas permis. Un parcours similaire à la majorité des sportifs de haut niveau. 

Selon vous, qu’est-ce qui est le plus dur à travailler pour un arbitre de handball ?

Les difficultés sont propres à chaque niveau. Les difficultés que nous rencontrons au niveau international ne sont pas les mêmes que nous rencontrons au niveau Élite français, qui ne sont pas les mêmes de nos collègues en territoire ou département. L’apprentissage des règles est pour moi un minimum. Si on compare des règles à des outils, il vaut mieux avoir une boîte à outil pleine quand on rencontre des difficultés.

Ensuite il faut comprendre le jeu et avoir un bagage technique le plus développé possible pour comprendre le jeu. Une fois qu’on comprend ce qu’il se passe et qu’on a les outils pour chaque situation, c’est plus simple. S’ajoutent à ça les pressions médiatiques, financières mais celles ci viennent uniquement quand on a bien travaillé le reste et qu’on accède à ces niveaux là.

Sur les terrains, me plus dur au handball est de rester cohérent toute la rencontre. De rester cohérent soi même mais cohérent vis à vis des décisions de notre collègue. Nous avons des centaines de coups de sifflet par match pour des situations qui souvent se ressemblent ou semblent se ressembler. Les décisions doivent donc être identiques ou non. La difficulté spécifique au handball dans ce registre est que nous devons prendre en compte les décisions de notre collègue. Bonnes ou mauvaises elles doivent être cohérentes et nous devons trouver une ligne entre nous pour ensuite la proposer aux équipes dans nos coups de sifflet.

Avec votre expérience, aujourd’hui, comment envisagez-vous la formation des arbitres de handball ?

De part mon travail de conseiller technique fédéral arbitrage, je forme des arbitres. Ma vision est claire. Nous (formateurs) devons amener les arbitres aux maximum de leur potentiel et donc permettre à ceux qui veulent se donner les moyens de réussir de le faire. Nous devons également pouvoir amener l’ensemble du groupe à un niveau minimum permettant d’exercer leur fonction de façon satisfaisante pour les joueurs/clubs et de permettre un résultat juste. Ainsi, donner la possibilité à ceux qui veulent travailler 3 fois plus et progresser rapidement de le faire et ne laisser personne de côté pour amener tout le monde, au moins, au niveau souhaité.

La mise en situation est la chose la plus importante. Si un arbitre va de match en match sans s’entraîner dans la semaine, il ne travaillera que lors des matchs et donc progressera moins vite. Ce qui nous a permis de progresser rapidement avec Julien a été la quantité incroyable de matchs que nous avons arbitrés. On arbitrait tout, tout le temps. Des matchs amicaux, de pôle, de clubs. On était toujours volontaires et bien accompagnés pour cela. On avait 60/70 matchs par saison. A 18 ans j’avais probablement plus de 150 matchs arbitrés avec Julien. Quand, avec 15 matchs par saison, certains mettent 10 ans pour arriver à ce nombre.

On a eu le plus haut grade possible à 25 ans, certes. Mais quand on regarde le nombre de matchs arbitrés, cette précocité n’a rien d’exceptionnelle.

YANN CARMAUX
Quel(s) argument(s) donneriez-vous à un.e jeune joueur.se de handball qui souhaite s’essayer à l’arbitrage ou devenir arbitre, et qu’est-ce que cela peut lui apporter ?

J’étais moi même joueur en étant arbitre et je peux vous assurer qu’il y a plein d’avantages à connaître les règles …

Mon parcours m’a permis d’être confronté assez rapidement à la pression du haut niveau. J’ai donc eu la chance de vivre assez tôt des moments compliqués qui forgent un caractère alors que sans ce parcours j’aurai eu une vie d’étudiant ordinaire. Avoir été confronté a des situations compliquées dans un contexte qui l’était tout autant permet d’apprendre à gérer les pressions diverses. Se dire que lors d’un match télévisé, nos actes sont vus par des dizaines de milliers de personnes, permet de relativiser certaines situations de stress ordinaire dans notre quotidien. 

Un bon arbitre, pour moi, c’est quelqu’un qui, par ses connaissances et ses attitudes permet un résultat juste et du spectacle.

YANN CARMAUX
Ref’mate oeuvre pour une meilleure formation continue, pensez-vous que notre outil peut être utile pour des arbitres de handball ?

L’individualisation de la formation est nécessaire; Les moyens humains manquent et si l’intelligence artificielle permet d’individualiser c’est très bien. Je parlais plus haut de nécessité de mise en situation. S’imaginer dans une situation et se demander ce qu’on va siffler est aussi de la mise en situation. Nous l’utilisons pour travailler. Si Ref’mate peut permettre de le démocratiser c’est tant mieux !

L’arbitrage au handball est une histoire de binôme. Dîtes-nous, comment se forment les binômes ? Est-ce vous qui choisissez votre binôme ou est-ce un binôme imposé ? 

Les binômes se forment selon plein de critères. Chaque binôme à sa propre origine. On pourrait citer les liens relationnels, des liens familiaux ou amicaux qui font qu’on décide de se lancer dans cette aventure ensemble. Quoiqu’il en soit, c’est toujours un choix. Avec Julien cela s’est fait dans un premier temps par ambitions car nous faisions confiance à l’autre pour être la meilleure personne pour arriver en haut. Les liens se sont crées, rapidement, par la suite. Nous nous sommes découverts autour d’un terrain quand il m’arbitrait. J’étais donc aux premières loges pour juger de ses capacités !

Arbitrer avec le même collègue est-ce une force ? D’ailleurs, quelles sont les forces de votre binôme avec Julien Mursch ?

La question du binôme est complexe et on ne sait pas comment ce serait si on changeait de collègue constamment comme au basket. La fédération internationale a déjà tenté l’expérience lors d’un match de classement d’un championnat du monde, je n’y ai pas participé je ne peux donc pas raconter mon expérience.

Je sais en revanche présenter les avantages à être toujours avec le même collègue. Ils peuvent se résumer en deux mots, coopération et automatisme. On sait en fonction de telle ou telle attitude ce que l’autre va faire car nous avons tout deux nos tics et attitudes propres. Cette symbiose disparaîtrait si on changeait de collègue à chaque fois. Avec Julien, notre force est la motivation et la persévérance, le tout ajouté à une réelle volonté de réussir. Nous avons su nous donner les moyens d’arriver à nos objectifs en étant durs avec nous même et en mettant la barre toujours plus haut.

Comment organisez-vous la préparation des matches avec votre binôme ? Avez-vous des règles entre vous pour que le binôme soit le plus performant ?

La préparation est primordiale. C’est parfois compliqué de trouver du temps pour le faire quand les matchs s’enchaînent tous les 3/4 jours et qu’on travaille à côté. Cependant, l’expérience me fait affirmer qu’arriver à un match non préparé, physiquement et/ou mentalement, est dangereux. Nous regardons avant chaque match individuellement le match passé. Nous ciblons les bonnes ou mauvaises choses (principalement les mauvaises) et regardons par la suite ces séquences ensemble pour en discuter.

La franchise n’est pas un plus, c’est un minimum. S’il y a des non-dits, le retour de bâton sera violent. Si le bâton ne vient pas du collègue, il viendra du terrain et donc forcément plus fort.

YANN CARMAUX
Parlons un peu de votre carrière, depuis 2019 vous êtes arbitre international. Qu’est-ce que vous a apporté cette nouvelle expérience dans votre arbitrage ? 

L’obtention de ce grade a été vécu comme un Graal. C’est donc un énorme plaisir mais également de grandes responsabilités. Nous sommes 3 binômes à avoir ce statut en France. Avant si nous passions à côté, d’un match ou d’une saison, nous restions le binôme jeune et prometteur qui sera probablement bon. Nous sommes maintenant dans l’obligation d’être performants pour mériter ce statu d’international et devons tout faire pour représenter au mieux l’arbitrage français. Quand nous voyageons, ce n’est plus “Yann et Julien” mais c’est “les français”. Ce changement de nom implique beaucoup de choses.

Vous êtes de très bons représentants de l’arbitrage français, soyez-en sûrs !
Quels sont vos objectifs pour l’avenir ?

Représenter au mieux l’arbitrage français et sa formation sur tous les matchs. Nous partions toujours du principe que si nous faisons ce qu’il faut, les récompenses et promotions viendrons. Nous ne changerons pas maintenant et continuons de travailler pour être performant. Le reste viendra.

Depuis que vous arbitrez, quel est votre meilleur souvenir d’arbitrage ? 

Les meilleurs souvenirs ne se trouvent pas forcément sur le terrain. Voir ma famille dans les tribunes pendant la Marseillaise alors que j’étais sur le terrain est probablement le meilleur souvenir que j’ai.

Le mot de la fin ?

Merci pour ce que vous faites pour donner une meilleure image de l’arbitrage et aider à son développement !

YANN CARMAUX

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