Régis Bardera est une figure bien connue des basketteurs. Arbitre international et coach mental, il est un homme passionné et engagé. Gardois d’origine, Régis Bardera a fait de son enfance une leçon de vie qui a canalisé son quotidien.

46 ans, Gardois, originaire d’Ales et habitant à Nîmes. Régis Bardera s’est forgé à travers des épreuves qui ont commencé très jeune. Abandonné par son père à l’âge de 5 ans, il s’est retrouvé à la rue avec sa mère. Un début de vie difficile qui n’a pas empêché sa mère de lui transmettre une leçon de vie qui le guidera au quotidien : le courage et l’abnégation face aux épreuves car la vie n’est pas toujours facile, et que rien ne s’obtient facilement; qu’il sera nécessaire de travailler, de batailler pour réussir et réaliser ses rêves.

Ma maman m’a toujours transmis des valeurs fortes de sincérité , que soit dans le respect des gens, être au service des autres, et surtout, jamais oublier ceux qui ont été là.

Régis Bardera

Cette leçon de vie résonne en lui encore aujourd’hui et l’a amené à se construire une carrière hors norme. Rencontre.

La naissance d’une vocation. Une évidence

Très tôt, j’ai été attiré par le sport. J’ai touché à tout, jusqu’au jour où j’ai découvert le basket vers l’âge de 12 ans, j’ai trouvé ce sport passionnant. J’ai jamais été un joueur talentueux, par contre j’aimais faire des passes , j’aimais défendre. Suite à un accident de voiture, j’ai le souvenir que ma maman demande à mon entraîneur de l’époque de me « ménager». C’est comme cela que j’ai pris le sifflet pour arbitrer la fin de l’entrainement.  Ce fut une sensation que je ne peux décrire, tellement ce fut comme une évidence . Un plaisir indescriptible ! Je ressentais cette force de prendre des décisions rapidement, je n’avais aucune peur d’assumer de suite les erreurs, j’aimais la notion de communiquer, de diriger. 

Très vite, j’ai commencé à arbitrer tous les samedis les jeunes de mon club. J’ai le souvenir d’arriver tôt au gymnase, je m’installais dans les tribunes, avec l’espoir qu’il n’y est aucun arbitre de disponible afin que mon président vienne me demander si j’acceptais d’arbitrer, quel cadeau à chaque fois! J’ai toujours dit OUI.  

Puis j’ai commencé à 16 ans à me former et gravir les échelons. Je travaillais chaque jour, 2, 3, 4, 5h, non stop. Je lisais, je regardais les matchs, je m’entraînais, je questionnais, j’allais en permanence à la pèche aux informations.

Tout au long de ce cursus, des mes stages de niveau, des accessions en NM1, Pro B je crée des liens FORTS, je fais des belles rencontres, Nicolas Maestre qui a été là depuis le début, puis David Chambon dés la NM1, Eddie Viator plus tard ! C’est une aventure qui se vit seul et se partage, se construit en équipe.

La découverte du haut niveau

Quelques mois avant mon année militaire, j’ai 18 ans, durant un stage avec l’EDF juniors garçons à Arles sur Tech, je rencontre Gaetan le Brigant. L’année qui suit, j’intègre le Bataillon de Joinville. Je découvre le haut niveau, avec des joueurs, comme Alain Digbeu, Cyril Julian, Eric Micoud… Je commence durant cette année à prendre conscience d’un aspect important pour le haut niveau, la vitesse d’exécution, la rapidité et habituer ses yeux, entraîner ses yeux.

C’est pour cela qu’à la sortie de cette année, j’allais toutes les semaines, au club de Montpellier Basket, qui jouait en pro A, pour arbitrer leurs fins d’entrainement. Je roulais pendant 1 heure 15 pour arbitrer 20 voire 30 minutes. Puis rentrer. C’était un privilège de côtoyer un club professionnel, des joueurs professionnels dans leur préparation. J’ai le souvenir de ces moments, parfois épiques tellement c’était nouveau : les écrans, les impacts dessous. Au contact de ces joueurs professionnels, j’ai pris conscience de l’importance de juger « juste » et de connaitre au mieux les critères pour pouvoir juger.  

En 1999, j’ai l’honneur de partir pour un stage avec les juniors Français à Murcia (Espagne) afin de préparer leur CE Triomphal. Je découvre Pierre Vincent, son staff, Tony Parker, Boris Diaw, Mickael Pietrus. C’est ma première expérience internationale, premier tournoi, j’ouvre les yeux, j’apprends, je suis heureux !

Puis j’accède en 2001 à la Pro A, premier match que je garde en mémoire. Il se déroulait à Hyères Toulon. J’officiais ce soir là avec Goran Radonjic (ancien arbitre international). Côté banc, c’était les débuts de Jean Louis Borg du coté du HTV en Pro A, de l’autre coté, Michel Gomez. une belle soirée mémorable !

La même année, j’ai été pré-sélectionné par la fédération pour être arbitre international. Je n’ai pas été retenu. Je n’avais pas le niveau, les compétences. Je retourne au travail. Je me suis dit « tu ne parles pas anglais donc tu vas partir en stage en Angleterre ». Je suis parti dans un camp d’arbitre, puis dans une famille, j’ai embauché une professeure d’anglais pendant un mois.

Tous les matins et tous les soirs en me brossant les dents, je me disais “que dois-tu faire aujourd’hui pour te rapprocher de ton rêve ?”

Régis Bardera

Durant les années qui ont suivi, je n’ai jamais cessé d’assister à des clinics, des camps, de rencontrer des arbitres internationaux, des coaches de première division, des joueurs, pour les questionner, apprendre ce qu’il se fait au plus haut niveau. Tous les jours, chercher à apprendre, et apprendre sur moi. Je n’ai jamais cessé, et encore maintenant je continue.

D’ailleurs, dés que l’on me parlait basket, que ce soit un dirigeant de l’arbitrage, un coach ou un joueur j’écoutais et je n’ai strictement rien changer à cela car il y a toujours quelque chose à retenir, à apprendre. C’est essentiel de ne pas penser détenir la vérité. Concernant la gestion des joueurs, Nicolas Raimbault me rappelle souvent : « je ne veux pas avoir raison, je veux juste avancer ». En trente ans d’arbitrage, j’ai toujours évolué, et je continue encore à ce jour.

Puis la fédération, m’a sollicité pour des formations aux Antilles, chaque été pour les Playoffs. Puis la Polynésie, j’ai voyagé, j’ai partagé, j’ai pu m’enrichir de chacune des me rencontres et en même temps. Ce fut aussi une belle opportunité de découvrir ce nouveau rôle de formateur. 

En 2004, avec David Chambon nous sommes  présentés, à Las Palmas,  pour un clinic FIBA. Petite anecdote, pendant les trois mois qui ont précédé le stage, on se parlait anglais. On s’est interdit de se parler français. Nous sommes revenus, avec la distinction, arbitre FIBA. La carrière internationale débute !

Le début du rêve international et une construction personnelle qui se consolide

Dans la foulée de mon accession au niveau international, je participe à mon premier tournoi U16 garçons à Turin. J’ai enchaîné les matches !

J’ai arbitré 13 ans au niveau international, quelques années en Euroleague. Je vais débuter ma 19 ème saison en Jeep Elite avec toujours autant d’envie et de plaisir et la 7 ème saison sur du 3×3 au niveau international.

Au fur et à mesure d’évoluer, j’ai pris le temps, de réfléchir au pourquoi je suis devenu arbitre. Une activité où nous avons des règles, où l’on fait respecter la loi. J’avais eu un père qui ne respectait pas du tout la loi et moi j’ai choisi une activité où il fallait être le plus proche de la loi. De plus, j’ai été très tôt sensibilisé sur une qualité essentielle de l’arbitre « la gestion des personnalités ».  L’humain, la relation à l’autre, comprendre comment nous fonctionnons, me passionne.

J’ai cherché pendant des années, j’ai tenté, j’ai échoué sur cette gestion là, jusqu’au jour où je me suis rapproché de ce que je souhaitais réaliser. 

Régis Bardera

Dans ma construction, j’ai été entouré de belles personnes comme Nicolas Maestre, David Chambon, Eddie Viator qui confirment que l’on peut arriver au plus haut niveau en respectant les gens. Nous pouvons gérer des personnalités en étant sincère. Nous pouvons  évoluer dans des environnements hostiles tout en prenant des décisions justes et courageuses. RESPECT. SINCÉRITÉ. JUSTESSE. Voilà des mots qui raisonnent en moi depuis tellement d’années.

Lorsque je suis sur un terrain, je suis très heureux. Dans la vie de tous les jours, je suis plutôt de nature souriante. C’est pour cela, selon moi, le sourire et le regard sont l’un des moyens de communication les plus puissants au monde. On me demande souvent avant les matchs « Comment vas tu ? et je réponds toujours : Comment veux tu que je n’aille pas bien ? 

Je suis en pleine santé, je fais une activité que j’aime, je me régale, je ressens du respect, je me donne les moyens d’être le plus performant possible. 

Mettre ma tenue d’arbitre ne change pas l’homme que je suis. Sur le terrain, je fais en sorte d’être le plus proche possible de ce que je suis dans ma vie de tous les jours. Je tente d’être le plus compétent possible et pour ça je travaille tous les jours depuis que j’ai 16 ans. C’est un travail personnel, technique, physique, de communication. Et je garde toujours ce coté souriant, même s’il y a des moments où je ne peux plus l’être. Néanmoins, sourire ça permet tellement d’apaiser, de rapprocher, de comprendre. J’ai appris et être capable de fermer mon visage quand c’est nécessaire. Mon sourire se ferme quand je sens qu’il y a un manque de respect à mon égard.

Je dis souvent aux joueurs et aux coaches: « vous pouvez me contester, ne pas être d’accord avec ma décision. Sur la partie technique, vous êtes bien meilleurs que moi,  mais par contre sur la forme, l’attitude, je suis toujours poli et respectueux donc je vous invite à toujours y mettre la forme vous aussi s’il vous plait ». Je dis aussi aux coaches, « sur le fond vous avez probablement raison mais sur la forme, il y a moyen de faire autrement ».

Une opportunité source d’un renouveau

Il y a eu aussi une étape importante, un tremplin. Nous sommes en 2009, la Fédération me contacte pour rejoindre l’EDF A masculine qui débute sa préparation en juillet à Vichy.

Vincent Collet vient d’être nommé. Avec Patrick Beesley,  ils ont souhaités qu’un arbitre soit présent en préparation surtout pour permettre aux coaches de se concentrer pleinement sur les entraînements. Je devais rester une semaine, j’ai fait toute la préparation qui a duré près de six semaines. Mon travail était surtout axé sur les phases de jeu, de plus quelques ateliers pour l’adaptation des règles FIBA par rapport à la NBA. Les joueurs étaient en capacité de très vite s’adapter. Ça allait très vite et très haut, ça poussait, c’était physique. C’était pour moi très enrichissant de côtoyer tous ces grands joueurs et ce staff technique. Je me souviens une fois d’avoir été abattu à la fin d’un entraînement et c’est Rony Turiaf qui est venu me réconforter, me remotiver. C’est quelqu’un de tellement humain. Boris Diaw a été un vrai gentlemen, gentil, attentionné, Tony Parker très trés respectueux, gentleman également. Que de souvenirs !

Durant plusieurs été de suite, j’ai été sollicité auprès de l’EDF A. C’était un des plus cadeaux que l’on puisse me faire, travailler aux cotés des plus grands. J’ai travaillé sur des points comme ma capacité d’analyse lorsque le jeu allait vite très vite. Habituer mes yeux à ce rythme important. Durant toute cette période, j’ai été impressionné par la vitesse de Tony Parker et il a fallu du temps pour s’habituer. J’ai vécu des années qui seront inoubliables tellement cela a été riche. Les joueurs, le staff ont été des sources d’enrichissements extraordinaires. Sans oublier les passages de Fred Aubert, le préparateur physique, Franck Khun par la suite qui m’ont aidé à préparer mes saisons en arbitrage. J’ai appris aussi, que chaque jour, je devais repartir à zéro. Gagner la confiance des joueurs nécessitent un reset total, être juste dans les décisions, être à l’écoute et comme eux, donner le maximum à chaque seconde, chaque minute. Un niveau d’exigence très élevé, et puis, c’est aussi à partir de là, que j’ai pu observer comment l’athlète de très  haut niveau prépare son mindset, car évolue auprès d’eux, fut une de mes plus grandes richesses, tellement ils ont tous un mindset de gagnant indescriptible. 

Je ne peux même pas décrire ce que j’ai vécu, c’était grandiose, unique, exceptionnel . Et comme par hasard, c’est ensuite que j’ai commencé à arbitrer le plus loin en playoffs avec quelques finales. Puis j’ai intégré l’Euroleague. Ça m’a tellement aidé à améliorer mes compétences !

Régis Bardera

La construction d’un mindset et d’une méthode “Bardera”

Vers l’âge de 39 ans, j’enchainais ma 13ème année en Pro A, j’ai commencé  à rédiger mon fonctionnement, ma méthode « personnelle » ainsi que dans la gestion des joueurs, des coaches. J’en ai déduit que plus tu es à l’écoute de toi et de tes besoins, plus tu vas être aligné, plus tu seras performant. Puis je me suis questionné sur différentes questions dont : comment gérer au mieux mes erreurs tout en gardant mon autorité ?

Justement pour l’autorité, mon arbitrage est spécifique : j’utilise l’humain avant d’utiliser la règle. Et c’est cela qui m’a mené à ma formation en préparation mentale. J’ai eu envie de m’enrichir, d’apprendre et je suis parti me former avec Denis Troch. La préparation mentale a toujours été un sujet qui m’intéressait.  J’ai pris conscience qu’elle permettait de travailler sur la réalisation d’un objectif. La préparation mentale, c’est ce qu’il se fait dans l’esprit. On travaille les habilités cognitives et motrices, les émotions, l’état de conscience et la relation avec autrui.

Ce fut une année exceptionnelle auprès de Denis. Ce fut une transformation, une révélation que ce soit en tant qu’homme, en tant qu’arbitre. J’ai créé par la suite ma structure, j’ai ouvert des portes qui me paraissaient inaccessibles, j’ai reçu des propositions afin d’organiser des conférences, d’accompagner des groupes que ce soit dans le milieu de l’entreprise ou dans le sport. Au fur et à mesure des modules, je me suis créé un trousseau de clefs pour ouvrir des portes. Cette formation a révélé qui je suis réellement. En prenant conscience de mon unicité, j’ai reconnu mes valeurs. J‘ai chassé ce qui est inconfortable dans ma vie d’homme, d’arbitre et j’ai ouvert au fur et à mesure le champ des possibles. Depuis donc maintenant 6 ans, je travaille auprès de  sportifs de haut niveau, entraîneurs, arbitres et coaches, dirigeants et managers.

Du coté sportif, j’ai commencé à travailler, en tant que préparateur mental avec des arbitres de Rugby, puis j’ai accompagné l’équipe de France de basket-ball féminine A et depuis 2 ans, je travaille auprès de l’équipe de handball masculine professionnelle de l’USAM à Nîmes, qui évolue en Lidl Starligue, actuellement 3ème du championnat et évoluant en Coupe d’Europe. De plus, j’accompagne de nombreux athlètes individuellement, que ce soit en Boxe, en Golf, en Hand, des arbitres aussi ainsi que de nombreux entraineurs. En plus de cela, je donne des conférences auprès de chefs d’entreprises et accompagne des entreprises françaises autour de la cohésion, la performance et la confiance en soi.

Mon rôle en tant que préparateur mental que ce soit avec les arbitres,  les athlètes, ou les dirigeants d’entreprises est avant tout de sensibiliser chacun à ce travail d’introspection indispensable lorsque l’on recherche la performance. 

Voici une question qui n’a jamais cessé de me quitter : comment être authentique, humain et au final plus performant ?

La préparation mentale permet de tirer la quintessence de la préparation physique et de la préparation technique, d’être le plus aligné possible entre le cerveau, le cœur et le corps. Elle permet de transformer une émotion négative en émotion positive. Elle permet d’impliquer tous les jours à l’entraînement un geste le plus juste et le plus régulièrement possible. Elle permet d’apprendre à se connaître, à communiquer, à valoriser ce que l’on fait. Elle aide à trouver ses propres solutions. Avoir une préparation mentale permet forcément d’avoir à vos côtés une personne qui vous écoute. Alors forcément ça joue sur la confiance. La gestion d’émotion est aussi un gros travail. A titre personnel, j’aime travailler aussi sur la seconde de doute. Tout arbitre a un moment donné un doute. Comment arriver à le surmonter, à carrément le supprimer ?

La préparation mentale, c’est aussi comment réussir à découvrir l’autre ? Comprendre ce dont il a besoin. C’est pour cela que mon rôle, lorsque je suis en posture de préparateur mental, est d’écouter l’autre, repérer sa force et la valoriser pour l’utiliser dans les moments délicat. Je suis persuadé que la force des plus grands, à tous les niveaux, c’est d’arriver à déceler ce qui est unique chez soi, c’est pour cela que toute démarche commence avec un travail d’introspection important.

La prépa’ mentale permet aussi de visualiser les choses. Pour cela je fais appel à l’imagerie mentale. C’est rechercher une émotion positive qui est liée à notre enfance, notre vie et qui nous rappelle un moment agréable. Des outils existent pour permettre de gérer au mieux ses émotions lors d’un moment fatidique et délicat. La technique est d’associer un moment particulier à un geste qui va servir, comme un bouton poussoir pour rappeler les sensations de l’instant vécu à un moment où l’on en aura besoin. 

Je cesserai jamais de répéter Nicolas Raimbault : « Le couplage corps et esprit est essentiel. »

Régis Bardera

La préparation mentale, un travail de tous les jours

Il faut savoir que le mental ne résout pas tous les problèmes. Le mental va forcement nécessiter une préparation. Le mental, tout le monde en a, par contre ça se cultive, c’est comme la motivation. C’est une énergie qui demande chaque jour une attention, afin d’accepter et de transformer les contraintes en plaisir, c’est pour cela que la préparation mentale va permettre chaque jour de réaliser un travail bien exécuté, de répéter de manière juste.

La préparation mentale m’a énormément appris, et plus particulièrement dans les moments délicats. Il est recommandé de rappeler régulièrement, sa vision, sa stratégie, vers où et comment on veut aller. Puis de ne jamais oublier la notion de plaisir dans ce que nous entreprenons. La priorité est selon moi de s’appuyer sur l’unicité du talent que nous avons, et j’ai tendance à dire qu’il est préférable de travailler ses forces que ses faiblesses, c’est tellement plus agréable. 

Dans mon fonctionnement de préparateur mental, je vais d’abord chercher ce qui fonctionne, ce qui marche, ce qui est positif, avant d’aller chercher les erreurs, les points faibles. Il est en tout cas essentiel dans toutes démarches d’associer en permanence ses expériences positives et ses réussites et le dissocier de ses expériences négatives et de ses échecs. Valoriser, encourager, s’appuyer sur ce qui fonctionne, voilà la démarche que je préconise.

Pour l’arbitre, qui se donne les moyens de réussir,  je préconise de toujours protéger ses biais cognitifs car ils nous empêchent d’attirer la réussite et nous éloignent d’aller vers un état désiré. Il me semble essentiel de les comprendre, de les saisir et ensuite de les observer. 

Regis Bardera

J’ai pris conscience de cela grâce à Martin Latulippe , un des me formateurs. Que ce soit, le biais d’étiquetage qui est un jugement définitif que l’on pose sur soi même et sur les autres et qui viendra nourrir ce que tu penses être. Si tu es étiqueté,  quelles sont les étiquettes qui te collent à la peau qui sont limitantes ?Puis le biais de négativité, c’est la tendance à donner plus de poids aux expériences négatives qu’aux expériences positives et à s’en souvenir d’avantage. J’invite à lui donner plutôt un poids constructif, positif, changer le sens et cela aura forcément un impact sur notre mindset et notre énergie. Et sans protéger cela, cela te mets dans une posture de victime ou bien tu t’autoflagelles. Ensuite, le biais d’auto complaisance, c’est s’attribuer le mérite de ses réussites et attribuer ses échecs à des facteurs extérieurs défavorables. J’invite à vivre dans une pleine notion de responsabilité. On est la première personne à avoir le leadership, la posture. Donc prendre l’entière responsabilité car ce n’est pas ce qui nous arrive qui est important, c’est de comment on réagit à ce qui nous arrive. Et enfin, le biais de la surgénéralisation. C’est tirer une conclusion générale sur la base d’un seul ou de quelques incidents. Exemple : si un événement négatif se produit, on va s’attendre à ce qu’il se reproduise constamment dans notre vie.

Pour résumer, j’invite à privilégier plutôt « La vérité de qui je deviens… Plutôt que l’illusion, de voila ce que je suis… »

La préparation mentale pour un arbitre, un passage obligé ?

Certains vont chez l’osthéo pour rechercher du confort pour leurs corps, il en est de même pour l’esprit. L’apport d’un préparateur mental pour un arbitre peut être bénéfique sur l’aspect motivationnel, sur la notion de plaisir, sur la responsabilité de chacun à utiliser au mieux son potentiel et de travailler en toute confiance.

Dans l’arbitrage, nous parlons souvent de leadership. Le leadership est la capacité à l’arbitre par exemple de s’exprimer pleinement. D’où l’intérêt pour l’arbitre de penser à soi pour apporter du bien être à l’équipe. Chaque arbitre peut s’autoriser à devenir leader lorsque le crew, a besoin de son talent et en acceptant, avec l’apport d’un préparateur mental, de revisiter ses croyances limitantes peut aider l’arbitre à révéler son talent personnel afin de le mettre au service de l’équipe. 

Regis Bardera

J’ai tendance dire : ce qui est juste pour nous vient toujours du cœur. Se prendre en main, ne pas trouver de clauses externes et avoir le sentiment chaque jour de grandir, d’avancer, d’apprendre et se créer individuellement les conditions pour que le résultat arrive. A partir de là, le résultat arrive car l’essentiel est d’avoir une logique de progrés.

Des questions peuvent et doivent se poser : qu’est ce que je veux vraiment ? Ce que je fais aujourd’hui, est-ce que ça correspond à ce que je suis, suis-je aligné ou bien y a-t-il un décalage ? Qu’est-ce que je sais faire de différent des autres que je peux proposer à mon équipe d’arbitres ? D’où l’intérêt de ne pas rester seul avec ça, comme un poisson rouge qui tourne dans son bocal, en ayant que ses propres réponses, d’où l’importance d’échanger avec un préparateur mental car cela permet de comprendre. 

Souvent on me pose la question : est ce que tout est possible ? 
Tout est possible, c’est-à-dire ?

Chacun de nous est unique, a ses propres passions, ses propres rêves. Il est tout à fait possible d’aligner sa nature profonde, sa trajectoire professionnelle,  ses projets arbitrage et ses projets de vie. Pourtant, il peut nous arriver de nous sentir enfermés dans notre métier, notre mode de vie ou notre parcours, sans forcément savoir comment en sortir. Arrive alors un moment où il nous semble essentiel de reprendre les choses en main, où l’envie de tout changer se fait de plus en plus présente, et où, parallèlement, la peur de l’inconnu nous empêche de franchir le cap. La préparation mentale aide à retrouver le sens de ses projets et explorer tous ses possibles ! 

Alors certes, on n’est jamais sûr de gagner et tout ce que l’on fait les uns des autres, pas sûr d’avoir raison, mais le rôle d’un d’un arbitre est de créer les conditions pour que sa performance soit la plus aboutie, la plus juste possible. Donc rester focus sur ce sur quoi on peut agir et remercier la vie de me donner toutes les épreuves qui me permettent de grandir sur moi-même. Il n’y a pas d’échecs, ce sont des expériences riches qui vont forcement permettre de retrouver la lumière prochainement.

Des suggestions de questionnements pour les arbitres

  • Amener les arbitres à se questionner et à expérimenter : travailler sur eux-mêmes, afin de valoriser leur authenticité, leur leadership et leur performance. 
  • Comprendre l’arbitrage : Quelles sont les spécificités de l’activité d’arbitre ? Quels en sont les enjeux ? Qu’est-ce que la performance dans l’arbitrage ? Quels enseignements en retirer?
  • Construire son leadership dans l’humain : Le leadership n’est pas le management. Le management suppose connaissance, habileté, technicité, tandis que le leadership exige lâcher prise, sensibilité et authenticité. L’expérience personnelle, l’authenticité et la singularité apportent de l’humanité, et elle seule permet de toucher et de résonner chez le joueur et l’entraineur.

Pour conclure, ma marque de fabrique, c’est cela :

Mon autorité est dans le vivant. Je pratique une activité régie par des lois, des règles, que j’utilise peu. J’utilise l’humain pour contrôler, diriger et amener mon navire à bon port, en minimisant les frustrations et en obtenant le plus grand respect de tous : joueurs et coaches.

Regis bardera

On ne peut pas être un arbitre de haut niveau performant sans appréhender l’humain, sans développer sa capacité d’écoute et de communication ni sans avoir envie de faire grandir l’autre. Pour cela, il me semble essentiel d’utiliser des outils qui permettent d’atteindre plusieurs objectifs : relativiser, apaiser des tensions, prendre des décisions dans des moments conflictuels, en milieu hostile, gérer son stress et la pression, gérer les relations avec la hiérarchie, puis développer la capacité à oser et ainsi améliorer la confiance en soi.

D’où la nécessité de s’interroger sur les questions majeures : qu’est-ce qui fonde mon action ? Qu’est-ce qui a du sens pour moi?
Donc inciter les arbitres à réfléchir à leur propre parcours et le sens donné à leurs actions.

Puis, qu’est-ce que la performance dans l’arbitrage ? Quels enseignements en retirer ? Comment gérer son stress ? Comment apaiser des tensions et prendre des décisions dans des moments conflictuels ? Comment maîtriser ses peurs, lâcher-prise et développer la capacité à oser ? Comment être authentique, humain… et au final plus performant ?

La préparation mentale représente une part non négligeable dans la performance de l’arbitre. Il n’y a pas de place pour le hasard au plus haut niveau. Le mental est un paramètre que l’on ne peut pas laisser sans préparation. Il n’y a pas de grands arbitres sans préparation, qu’elle soit physique, technique ou mentale. En complétant ta préparation technique et physique par une préparation mentale, tu t’offres la possibilité d’atteindre l’excellence de ton potentiel.

Quelques idées et conseils

Lorsque j’ai commencé à voyager, j’ai arbitré des joueurs plus ou moins connu et la première chose que j’ai tenu à faire, c’est au maximum d’avoir une connaissance du joueur et de sa personnalité. Et éventuellement de connaître un ou deux mots dans sa langue pour qu’il y ait un premier lien de confiance. « Bonjour », « Au revoir », « Merci », « Comment allez-vous ? », « Bon match ! », afin de créer un climat essentiel entre un joueur, un coach et un arbitre. Et encore plus au niveau international où au début les joueurs, les joueuses et les coaches ne vous connaissent pas. Avoir des informations sur eux à travers les vidéos ou ce que je peux lire. La deuxième étape, c’est toujours de dissocier la personne et le joueur. Qu’il soit Français, Américain, Serbe, Espagnol ou Italien, il n’y a pas de différence. La seule difficulté que j’ai pu rencontrer à mes débuts, c’est la barrière de la langue. D’où l’intérêt d’être le plus performant possible en anglais. Pour moi, la règle numéro 1, c’est d’être le plus respectueux et le plus poli possible. La politesse est universelle.

Mon état d’esprit :

Quand j’étais à Alès, j’avais 18 ans, j’allais plusieurs fois par semaine voir les entraînements de l’équipe Pro A de Montpellier, comme j’ai pu le préciser plus haut. J’étais avec mon pote Nicolas Maestre et je lui disais que je voudrais juste arbitrer les espoirs de Montpellier un jour, j’arbitrais en championnat de France, 4, 3. Et après, si je pouvais arbitrer la NM1, et puis la Pro B, et puis la Pro A. Et puis au niveau international.

La question a toujours été : que dois-je mettre en œuvre pour y arriver ? Chaque fois qu’il m’est arrivé un moment chouette dans ma carrière d’arbitre, je me suis dit que je le méritais. Et quand je n’y arrivais pas, c’est que je n’avais pas le niveau. C’était le cas quand je ne faisais pas les playoffs ou les finales. Je n’ai pas fait de championnat du monde ou de JO, c’est que je n’avais pas le niveau. Oui, quand j’étais jeune arbitre, j’avais envie d’arbitrer Pau-Limoges ou les leaders du championnat. Et quand j’y suis arrivé, j’ai estimé que je le méritais car je me donne tous les jours les moyens d’y arriver. J’avance pas à pas, ça ne m’empêche pas d’être ambitieux. Et quand ça ne se passe pas très bien, l’utiliser comme une bonne expérience pour le futur. Chaque jour se demander : qu’est-ce que j’ai appris sur moi ? Un soir, j’arbitrais à Strasbourg, avec David Chambon, qui a été arbitre en Euroleague, qui a fait une carrière internationale monstrueuse, on s’est assis et on s’est demandé : « qu’est-ce qu’on a fait de bien et qu’est-ce que l’on peut améliorer pour le prochain match ? ». Un réflexe permanent.

J’ai travaillé sur moi durant beaucoup d’années et je travaille encore chaque jour, car pour bien vivre, il faut bien se connaitre. Ce que j’ai raconté au tout début de cette interview, ça m’a aidé pour la suite. Ça laisse forcément des traces et pour prendre de la distance sur cette violence-là que l’on vit quand on est gamin. J’ai eu tendance à regarder ce qui ne fonctionne pas au lieu de regarder d’abord ce qui a fonctionné. Il est recommandé de faire le contraire et après voir ce que l’on peut améliorer. Au fil des années, j’ai appris à croire en moi en m’appuyant sur mes forces.

Comme j’ai pu le préciser, plus haut, sur les terrains, je tente d’utiliser le moins possible la règle pour privilégier l’humain et c’est ce qui m’a permis d’arriver au plus haut niveau. J’en suis très fier. Nous sommes seuls à décider ce que nous voulons réaliser et pour ça il faut travailler au quotidien avec au départ un énorme travail d’introspection. Qui je suis ? De quoi je me nourris ? Quels sont mes besoins, mes valeurs ? Vers quoi je veux aller ? Qu’est-ce que je mets en œuvre pour y arriver ? J’ai travaillais et encore aujourd’hui, sur la visualisation mentale, être prêt à appréhender les situations qui peuvent arriver, avoir une réponse, une solution.

Je suis favorable à être vigilant sur les mots que l’on utilise. J’ai appris cela auprès d’un de mes formateurs Christian Junod. Les mots exprimés donnent des croyances. De plus , souvent, nous supposons, nous élaborons des hypothèses et nous finissons par y croire. C’est pour cela, il s’agit de prendre conscience que nos suppositions sont des créations de notre pensée. Dès lors qu’une hypothèse devient une croyance, nous élaborons un comportement de pression, source d’angoisse et de stress. L’interprétation est un poison émotionnel, et pour s’en libérer, la priorité est d’exprimer SES propres doutes. On veut contrôler ce que l’on veut avoir, quand on veut quelque chose, c’est que nous sommes dans un état de manque . La priorité, notre priorité, c’est avant tout d’être bien avec soi même, car plus tu es dans le manque, plus tu vas envoyer une énergie de manque . L’univers va t’envoyer du manque quand tu vas lui envoyer du manque. C’est pour cela, que durant les périodes délicates, que chaque arbitre peut traverser, ou dans la vie de tous les jours, c’est de faire en sorte d’éviter d’être dans une énergie de manque, être heureux de ce que je vis, être satisfait de ce que j’ai.

Il me semble qu’il est plus judicieux de regarder par rapport à la joie de ce que la vie est prête à t’apporter. Orienter ses pensées vers de la gratitude de joie plutôt que du manque. Cette crise, forcément, elle nous impose de sortir de nos habitudes, de notre zone de connu. A nous d’agrandir cette zone de connu.. Accepter , oser vivre l’insécurité, l’inconfort en se disant : je vais faire mon possible pour que ce soit apprenant pour moi.

Le mot de la fin

J’ai la chance d’être bien entouré :  Nicolas Raimbault toujours présent, David Chambon, Nicolas Maestre, Jean-Marc Medda (mon kiné) sont près de moi, pour me permettre de progresser encore et encore. Clairement, ce qui me guide, c’est avancer… Apprendre… Partager… Aimer… Écouter et faire de son mieux ! Voilà les maitres mots qui m’accompagnent depuis le début de ma carrière d’arbitre. Je suis persuadé qu’il est délicat, difficile d’y arriver seul. Etre entouré est selon moi une clef indispensable. 

Pour l’avenir, je vais repartir au CERS de Capbreton, pour me réathlétiser de nouveau avant le début de saison prochaine, puis je suis entrain de mettre en place une formation en ligne, continuer à accompagner les arbitres, les athlètes et les dirigeants qui sont à mes cotés. Puis repartir dans les conférences, et dès septembre retrouver les parquets, prendre du plaisir, du plaisir, apprendre encore et encore et faire de mon mieux pour que les joueurs, les entraineurs puissent évoluer dans les meilleurs conditions ! Et j’ai aussi l’objectif de gagner une partie de golf contre David Chambon !

Merci de m’avoir sollicité, merci à Ref’mate d’enrichir, de découvrir, de rencontrer d’inspirer !
Les plus grandes réussites sont toujours issues de rencontres…Vous en êtes des précurseurs, alors je vous félicite pour votre excellent travail.

Regis Bardera
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